fbpx

Alexandra Purcaru, l’inspiration nomade.

Alexandra Purcaru, l’inspiration nomade.

Rencontre avec la figure féminine du renversant et sophistiqué trio « ART COCKTAIL CLUB »

Nous avons fait appel plusieurs fois aux talents créatifs d’Alexandra, Claudio et Vincent sur plusieurs événements et à chaque fois, le ballet de mise en place est toujours aussi mirifique et spectaculaire. Ils ne se déplacent jamais sans leur verrerie, leurs ingrédients du bout du monde et leur style si pointu. Ce sont des centaines de verres presque tous distincts les uns des autres, en hauteur, en forme ou en couleur qui commencent à danser sur le bar dont émane le charme exubérant d’une autre époque. Et les cocktails qu’ils contiennent n’ont rien à envier aux plus belles créations du début du 20ème siècle.
Autodidactes et esthètes, ces trois là traversent le monde pour collaborer sur des projets authentiques et sincères à la croisée des chemins entre gastronomie, mode et avant-gardisme. Rencontre avec Alexandra, la figure féminine de « Art cocktail club« .

.


.

Alexandra, le trio que vous formez avec Claudio et Vincent est un très bel Ovni dans le paysage cocktail, finalement c’est quoi « Art Cocktail Club » ?

Comme son nom l’indique, ll y a de l’art et on fait des cocktails tout simplement ! ( rire )
L’idée c’était d’ajouter au monde du cocktail événementiel une dimension réellement « créateur » et proposer des performances singulières.
Nous sommes trois : Vincent Moustache, illustrateur est le directeur artistique. Régulièrement, il réalise du Live drawing durant les événements mais aussi tous les supports qui nous permettent de rendre l’événement le plus personnel possible. Claudio Vandi, lui, imagine les cocktails avec moi et est le story Teller de l’équipe, il écrit très bien et racontent de très belles histoires. Moi pour ma part, je suis plus sur la création des cocktails et des recettes ainsi que le sourcing des matières premières. En revanche, on ne valide jamais une recette l’un sans l’autre, on a une approche créative très complémentaire avec Claudio. 
Avec Art Cocktail club, je voulais faire une transition par rapport au monde de la mode, pouvoir m’exprimer différemment. La première fois qu’on en a parlé on était au musée d’histoire naturelle, fascinés par tout ce qu’il renferme. Vincent dessinait , Claudio imaginait des cocktails et le soir à la maison, on s’est dit «  mais pourquoi on ne le fait pas plus sérieusement ? » en gardant le pied dans des choses que l’on aime : l’art, la mode, les collaborations avec les chefs …

Pourquoi choisir l’événementiel plutôt qu’un lieu fixe ?

Le fait de faire de l’évènementiel dans des pays différents permet de rester libre, ce nomadisme jusqu’à présent a été très riche. On fait des événements au Mexique, en Suisse, à Paris, en Angleterre et bientôt en Californie. Récemment, on a émis l’idée de pouvoir s’installer quelque part mais on voudrait que ce soit très différent d’un bar à cocktail, qui pourrait être dédié à plusieurs disciplines, où il y aurait des artistes… Un lieu fixe mais super caché, super confidentiel. 

Qu’est ce qui t’as emmené vers le monde du cocktail ? Quel est ton parcours ?

Souvent on me dit «  oh vous avez un petit accent vous venez d’où ? comment vous êtes arrivés à Paris ? » et je réponds toujours «  en avion ». Pour le cocktail c’est pareil j’y suis arrivé en avion ! ( sourire ).
C’était très intuitif pourtant ce n’était pas du tout mon parcours initial.
J’ai grandi en Italie, près de Rimini et j’ai étudié la littérature étrangère en Norvège puis j’ai travaillé dans la mode au Canada. À l’époque, j’étais acheteuse pour des boutiques vintage car j’ai toujours eu une passion pour tout ce qui a une histoire, ce qui est chiné ect… une passion qui se retrouve aussi dans ce que je fais aujourd’hui avec la verrerie, la scénographie de nos évènements et mon style de cocktails d’ailleurs.
Par la suite, j’ai créé la marque « I don’t have a sister« , marque de bijoux en verre que je soufflais à Murano et petit à petit, une partie de la collection fut dédiée à l’art de la table : verres, assiettes… Ainsi sont arrivés les prémices de Art Cocktail Club.
On organisait avec Claudio et Vincent des diners chez nos amis avec ma vaisselle et on a commencé à faire des cocktails. Ça a pris de plus en plus de place dans nos vies. Dès qu’on voyageait à l’étranger, il y avait toujours deux étapes : Le marché et les bars à cocktails.
Je pense que, comme une éponge, j’ai absorbé toute cette inspiration puis je me suis mise à enormément étudier, les recettes de cocktails vintage notamment, puis à visiter beaucoup de distilleries et m’y intéresser de plus en plus. J’ai surtout fait beaucoup confiance à mon palais. Puis un jour, à force que nos amis nous disent que c’était top ce que l’on proposait, qu’ils nous réclament de venir organiser des diners, leurs mariages, leurs anniversaires, on a commencé à faire des events extérieurs. Voilà comment est né Art Cocktail Club.  

Est-ce que tu as des courants artistiques qui t’inspirent ? Est que tu te nourris de l’art dans ta créativité ? 

Le surréalisme m’inspire énormément ainsi que les années 20, le courant Art-déco et Schiaparelli. J’adore créer des cocktails avec une mise en scène surréaliste, avec des crevettes dans des coupes en étain par exemple ou un cocktail dans une chaussure à talon. 
On a imaginé d’ailleurs cette année un magnifique projet pour les 100 ans des années 20, on va faire des choses folles.
Mais veritablement, mon inspiration vient essentiellement des marchés. Dans tous les pays où je me rends, les marchés sont une grande source d’inspiration. Tu sens les choses. Pour moi créer un cocktail c’est créer le goût mais c’est aussi penser un contenant. Je ne peux pas créer un cocktail si je n’ai pas une histoire, un nom et un verre adapté.
Le trio renversant  » Art Cocktail Club » – Claudio Vandi, Alexandra Purcaru, Vincent Moustache
crédits @juanjerez

Comment réagissent les gens quand tu fais un évènement et que tu raménes tes deux cents verres chinés tous dépareillés ? 

Les gens adorent. Après parfois, je sens que je suis un peu baroque et ce n’est pas toujours du goût de tout le monde. Moi j’ai besoin de ça pour créer, proposer quelque chose de différent. Une expérience c’est un cocktail mais aussi un endroit, une ambiance, une déco, la musique, l’espace, l’accueil que tu as, l’odeur du lieu : l’âme entier de l’event.
Pour le bar Selva à Oaxaca, pour lequel j’ai crée la carte, j’ai ramené beaucoup d’objets de chez moi, dont l’âme allait avec le lieu par exemple.
Je pense que les gens apprécient parce qu’ils sentent que c’est véritable, que c’est ma personnalité. Ce n’est pas commun. 
Cocktail
crédits @juanjerez

Quels sont les spiritueux qui sont indispensables pour toi ? 

Evidemment le Mezcal ! Le mezcal a été pour moi un véritable coup de cœur, il y a des variétés d’Agaves incroyables. En ce moment je suis sur l’Arroqueño et Cuishe, des variétés d’agaves sauvages très différentes de l’Espadin. Le genre de Mezcal que l’on obtient à partir de ces espèces se boivent purs en dégustation, ils se savourent. Je suis une puriste.
Mon amour pour le Mezcal a débuté lorsque j’ai commencé à lire le journal de Oaxaca de Oliver Sacks et c’était passionnant, inspirant, basé sur la botanique. Pour moi, c’est ce qui se rapproche le plus du vin, entre le terroir, la transformation, le vieillissement. À chaque fois, on apprend encore sur le Mezcal, on apprend tout le temps, c’est infini. Il faut visiter des Palenques, il faut goûter, ce n’est pas un distillat simple.
Cynar 70 proof. C’est une édition spéciale qu’on ne trouve normalement qu’aux US. Je suis récemment tombée dessus à San Marino en Italie dans une petite cave, j’ai acheté le stock entier alors je suis très heureuse ! 
Liqueur de Réglisse et de Noix verte que mes parents font en Italie, un goût inimitable. 
Il y a aussi le Verjus. Ce n’est pas un spiritueux puisque c’est sans alcool mais indispensable pour les cocktails. C’est tellement mieux que le citron. Moi j’en bois même le matin tellement j’adore ça.

 » Pour moi, c’est ce qui se rapproche le plus du vin, entre le terroir, la transformation, le vieillissement. À chaque fois, on apprend encore sur le Mezcal, on apprend tout le temps, c’est infini. Il faut visiter des Palenques, il faut gouter, ce n’est pas un distillat simple. »

Hystérie ! Et je ne dis pas ça pour vous faire plaisir 😉 Au départ mon préféré dans la collection H.THEORIA était Procrastination, je le trouvais très facile à travailler et très vintage. Puis hystérie c’est imposé comme un coup de foudre. Ça dépend des moments de vie c’est comme un parfum. 
Et enfin le bitter Gagliardo ou Liquore delle sirene, très amer sur des notes de rhubarbe et de beurre salé. 

Tu connais l’importance que l’on accorde aux mots chez nous, spontanément, quel serait un de tes mots fétiches ?

C’est difficile mais je dirais « Chaos ». Ça pourrait être péjoratif mais au contraire, c’est beau. Court. Direct. Et ça se dit pareil dans pas mal de langues différentes. 

Si tu devais créer un cocktail autour de ce mot dans un monde où tout est possible, qu’est-ce que tu ferais ?

Quelque chose d’amer mais nuageux. Je viens de lire un livre fou sur les recettes pour créer des «  nuages » culinaires au japon et c’était dingue ça a dû m’inspirer ( rire ). J’utiliserais du charbon actif pour la couleur noire. Mon chaos, oui, ce serait un cocktail mousseux noir et amer, voilà mon Chaos !
Cocktail creation
crédits @juanjerez

Qu’est ce qu’il faut boire dans un musée ? 

Un Martini of course ! Soit Dirty soit Perfecto. Tellement élégant : tu te promènes dans les couloirs devant les œuvres un martini à la main, c’est parfait. 

Et les trois noms de H.THEORIA ils t’inspirent quoi ?

Ça m’inspire l’unicité. J’ai découvert H.THEORIA à Omnivore en 2018. C’est sur le stand de Sassy qu’on m’a dit «  il faut absolument que tu ailles goûter ce que font les filles de H.THEORIA, c’est incroyable ». Effectivement j’avais trouvé ça tellement intrigant, cette odeur de tomate dans Perfidie whaou. Mais le mélange d’épices d’Hystérie est vraiment devenu mon préféré. 

C’est quoi ton regard sur l’industrie du bar aujourd’hui ? Qu’est-ce qui a changé depuis tes débuts ?

J’aimerais voir plus de femmes derrière le bar et qu’elles soient encore plus prises au sérieux. Parfois, derrière un bar, tu es une femme mais tu n’as pas de tatouages, pas forcément un look « bar à cocktail », on ne te prend pas forcément au sérieux. On voit aussi que le fait d’être une femme dans l’industrie du bar est encore un sujet malheureusement, tu as vu ce qu’a dit Schumann ? Qu’une femme ne devrait pas être dans un bar après 3pm ! Donc il y a encore un sujet…
Alors qu’il y a une sensibilité différente chez les femmes dans leurs créations. Nous sommes douées pour les détails. Un très bon cocktail peut être fait par un homme ou une femme mais un cocktail avec un détail subtil, je pense que ça vient souvent d’une femme : un truc élégant, un style à elle, assumé. 

« Avec la passion on peut tout faire,  il y a vraiment beaucoup de livres qui ont était écrit sur les cocktails, sur la fermentation, les spiritueux. Si on a vraiment envie d’essayer, on a pas besoin d’avoir un Rotovap à la maison ou d’avoir fait 10 ans de bar. »

J’aimerais aussi beaucoup voir les gens qui sont vraiment passionnés suivre leur passion même s’ils n’ont pas fait d’études pour ça. Avec la passion on peut tout faire,  il y a vraiment beaucoup de livres qui ont été écrit sur les cocktails, sur la fermentation, les spiritueux. Si on a vraiment envie d’essayer, on a pas besoin d’avoir un Rotovap à la maison ou d’avoir fait 10 ans de bar. Je trouve que ça manque de gens comme ça. 

Quelles sont les figures qui t’inspirent ? 

Georgette Moger-Petraske : j’aime son approche et sa culture du cocktail. Je la trouve très élégante, année 20 & 30 et elle a un palais incroyable. Je l’apprécie énormément.
Sandor Katz, le roi de la fermentation. Il a commencé avant tout le monde à écrire et à parler de ça, son ouvrage « the science and art of fermentation » est puissant.
Ma grand-mère qui faisait des conserves pour l’hiver en Italie. 

Quel bar à ne pas rater à Paris ? 

NE/SO 2 ! Ils arrivent à faire des choses étonnantes, riches en créativité au niveau des goûts avec des ingrédients premium et uniquement français.
J’apprécie enormément Combat, Divine et Fréquence. Cravan c’est super aussi, tout est trés bon, trés pur, mais c’est juste trop loin.

Et à Londres ? 

Il y en a tellement à Londres, je ne sais pas par où commencer ! C’est plus libre et plus extravagant que Paris je trouve. Moi j’adore Mint Gun club et gros coup de coeur pour Oriole, je me sens comme à la maison.
Cocktail création
crédits @juanjerez

Tu sais que l’on apprécie particulièrement les aspérités humaines, du coup, quel est le plus gros défaut qu’il faut avoir pour être un artiste ? 

De manière générale, de ne jamais être à l’heure ! 

Un parfum à porter quand on fait des cocktails ? 

Le mien ! ( rire ) Tout le monde me demande toujours ce que je porte comme parfum. C’est Le Labo, mais je ne dirais pas lequel 🙂

Le cocktail qu’il faut avoir bu avant de mourir ? 

Un Hanky-panky ! Ça été inventé par une femme en plus : Ada Coleman, à Londres au Savoy dans les années 30. Du Vermouth, du gin, du Fernet branca. J’adore. Trés simple, trés italien, très élégant, what else ?

Un cocktail à faire avec H.THEORIA ? 

Un negroni avec Hystérie, floral et très épicé. Sous une cloche, avec de la fumée ! Je mettrais vraiment en avant les notes subtiles d’estragon de Hystérie dont je suis dingue. 

ART COCKTAIL CLUB
www.artcocktailclub.com
@artcocktailclub

Découvrez aussi l’interview de Mickael Kernoa, jeune talent de la Mezcaleria [ ICI ]

2020-01-30T18:21:13+01:00 janvier 24th, 2020|INTERVIEW|