Ode à l’amour effronté : Icônes d’hier et d’aujourd’hui

Ode à l’amour effronté : Icônes d’hier et d’aujourd’hui

Il y a 5 ans jour pour jour, la loi française pour le mariage pour tous était votée par l’Assemblée Nationale. En effet, cette loi tant attendue par de nombreux français, ouvrit le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Aussi, à cette occasion, H.THEORIA met en lumière ses icônes gays préférées, ode à l’amour effronté. Emblématiques, ces artistes, personnalités et politiques impertinents, voire excentriques, parfois androgynes et à la sexualité libérée ont par leur hystérie, porté les luttes et messages forts de la communauté LGBT.

LGBTQ+, LGBT, ou plus communément LGBTQ sont des sigles qui font référence à toutes les communautés LGBTTTQQIAA :

  • Lesbiennes
  • Gays
  • Bisexuels
  • Transgenres
  • Transsexuels
  • Two-Spirit (troisième genre traditionnel des rituels panindiens d’Amérique)
  • Queer (homo)
  • Questioning (curieux)
  • Intersexes
  • Asexuels
  • Alliés…
  • Pansexuels
  • Agenres
  • Gender Queer (troisième genre/sexe)
  • Bigenres
  • Genres variables
  • Pangenres (individus qui peuvent être attirés, sentimentalement et/ou sexuellement, par un individu binaire ou non de n’importe quel sexe ou genre).

On se couchera moins bête. Toutefois, s’il n’est pas simple de retenir tous ces termes et leur signification, le plus respectueux reste encore de donner la qualification choisie par l’individu lui-même. Dans tous les cas, on retient l’amour et la sexualité non hétérosexuels et libres de toute considération de genre.

Comment et pourquoi devient-on une icône gay ?

Parce qu’ils incarnent la liberté. Ambigus, inclassables, glamour, les icônes gays, derrière la flamboyance, sont des êtres d’une grande sensibilité artistique et émotionnelle. Ces icônes sont parvenus à surmonter de terribles tragédies grâce à leur témérité. Et ce sont ces sentiments partagés qui rassemblent un grand nombre des membres de la communauté LGBTQ derrière ces personnalités.

SAINT SEBASTIEN-ICONE GAY-HTHEORIA
Le plus sanctifié : Saint-Sébastien

Souvent considéré comme la première icône gay, Saint-Sébastien est un saint et martyr des religions chrétiennes. Son corps musclé dénudé, il est ligoté à un pilier. Aussi, joliment transpercé par des flèches, il est mis en scène lors de sa mise à mort ordonnée par l’empereur Dioclétien. Pourtant, Saint-Sébastien y survit, ramené à la vie par les soins de Sainte-Irène de Rome. Mais ce, pour être à nouveau martyrisé, exécuté par lapidation. C’est ainsi que Saint-Sébastien déchaîne les passions des peintres de la Renaissance. Ceux-ci le représentent à mi-chemin entre l’extase, la douleur et l’exhibitionnisme. Alors naît l’homoérotisme dans les arts.

La plus funèbre : Barbara

La dame en noir, Barbara, grande chanteuse pianiste et actrice française des années 50, que la voix troublante chargée d’émotions et les costumes sombres dramatiques érigeront en monument. De descendance juive, son enfance est marquée par le viol incestueux de son père, la fuite sous l’occupation nazi et les nombreux deuils. Plus tard, elle sera une grande activiste pour le traitement et la recherche contre le sida, qui fait alors des ravages, notamment dans la communauté homosexuelle. De plus, Barbara est une croqueuse d’hommes. Elle collectionne les conquêtes d’un soir qu’elle sélectionne parmi les techniciens de ses représentations. Paradoxalement, sous ses airs de corbeau, on ignore parfois que c’est une femme drôle et impertinente. Lorsqu’elle offrit une affiche dédicacée à un ami, il lui dit : « Il faut que je trouve un endroit pour te voir tous les jours. Elle répondit : Eh bien, mets-la dans tes chiottes ! ». L’affiche s’y trouve encore.

La plus tragique : Dalida

Symbole de la féminité aux traits masculins, Dalida est la diva disco orientale à l’extravagance assumée autant que tourmentée. En effet, forte et fragile, amoureuse malheureuse, elle s’ôte la vie en 1987. Ses proches sont gays, notamment Orlando, son frère et manager, Pascal Sevran mais aussi Bertrand Delanoë. Aussi, politiquement engagée, elle s’intéresse et défend aussi les causes gays, prenant position en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité. Finalement, en 1982, cette loi est entérinée, portée par François Mitterrand, dont elle fût également l’amie intime. Comme toute vedette digne de ce nom, Dalida a un côté excessif et n’aime pas être contrariée. Un soir, tandis qu’elle est un peu éméchée et bruyante, son frère s’aventure à le lui faire marquer. Alors, vexée, la star rétorque : « Et alors, j’ai la voix qui porte et qui rapporte ! »

La plus hystérique : Grace Jones

Le « point d’interrogation suivi d’un point d’exclamation », Grace Jones, chanteuse, auteur-compositeur, actrice, mannequin et extra-terrestre est très vite surnommée « the Queen of Gay ». En outre, elle est symbole de négritude et transcende les normes sociales liées au genre. Jamaïcaine émigrée aux US, fille de pasteur, un frère gay, Jones se rebelle très tôt contre son éducation religieuse stricte. Puis, à 18 ans, elle quitte foyer et université, puis oscille entre mannequinat, auditions en tout genre le jour, et gogo danseuse la nuit. Grace Jones quitte New York pour Paris, où sa plastique androgyne, ses pommettes saillantes et sa peau ébène la distingue du lot. Dès lors, elle envoûte Yves Saint Laurent, Kenzo et Karl Lagerfeld. Sa musique et sa voix rauque inondent alors les soirées disco gays underground de Paris, où elle passe ses nuits d’ivresse. Hypersexualisée et dominatrice futuriste, une icône est née.

A la suite, de retour à New York, elle fascine. Sa musique aux paroles outrageusement sexuelles sera la bande son de la scène disco hédoniste de la fin des années 70. L’artiste dit d’elle-même : « J’ai un tempérament affreux, affreux. Quand j’entends : ‘c’est la règle’ ou ‘l’ordinateur dit’, je deviens folle. Des gens tentent de m’arrêter tous les jours. ». Enfin, vient la New Wave, le Reggae, le cinéma avec Schwarzenegger ou encore Eddie Murphy, et le pop art avec Keith Haring. Grace Jones devient incontournable et laisse un héritage artistique pop qui inspire encore les icônes gays d’aujourd’hui.

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Le plus rock n’ roll : Freddie Mercury

 » Je suis gay comme une jonquille, mon cher! « . Assurément, c’est à travers ce type de réponse que Freddie Mercury a contribué à ouvrir le dialogue sur le fait d’être membre de la communauté LGBTQ. Le chanteur du groupe Queen est indéniablement l’un des plus grands multi-instrumentalistes, chanteurs et auteurs-compositeurs de son temps. Torse nu, de cuir vêtu, affublé de sa légendaire moustache, Mercury a toujours refusé devoir dévoiler et justifier sa bisexualité tout en y faisant malicieusement et explicitement allusion.

D’origine parsie (actuel Iran), Mercury émigre en 1963 de l’île tanzanienne de Zanzibar à Londres, à la fin de son adolescence. De ce fait, il est confronté à la réalité d’un homme de couleur bisexuel, à l’époque partiellement assumé, dans une Angleterre où l’homosexualité est pénalement réprimée. Au reste, Freddie Mercury est passionné de mode et de design et des mises en scènes flamboyantes et théâtrales. Il redéfinit la masculinité dans un mélange non subtil de torse poilu, rouge à lèvres et juste-au corps à sequins.

La plus mystique : Mylène Farmer

La plus invisible mais aussi la plus adulée, ses concerts au stade de France affichent complet en moins de 2h. En effet, Mylène Farmer soulève les foules et les passions malgré ou grâce à sa légendaire discrétion. Ne se livrant qu’à travers son art, ses chansons, son imagerie oniriques et transgressifs. Son univers mystérieux touche au mysticisme avec en filigrane les thèmes de l’androgynie, la mélancolie et l’amour de l’interdit. Lorsque la communauté LGBTQ, implore Mylène de prendre clairement position sur le mariage homosexuel, elle répond qu’elle préfère un mariage gay, plutôt qu’un mariage triste. D’ailleurs, éternellement énigmatique, elle confie : « Je veux demeurer un mystère pour les autres comme pour moi-même ».

La plus kitsch : Mariah Carey

Avant tout, évoquons l’évidence ! Mariah Carey a sorti un album nommé Rainbow, arc-en-ciel dans la langue de Baudelaire, étendard de la communauté LGBTQ. Mariah c’est l’incarnation de la féminité à son paroxysme. Et pour cause, volontiers capricieuse, impératrice de la démesure, l’ultime diva américaine du R&B aux 5 octaves vit tout en strass et paillettes (Glitter en anglais, également le titre d’un de ses albums), perchée sur talons vertigineux à semelles cramoisies. Elle collectionne les ballades poignantes et les hymnes pop acidulée sur lesquels danser à en oublier ses soucis.

Plus jeune, elle subit le racisme liée à son métissage vénézuélien et afro-américain, et plus tard la relation abusive avec son manager et mari Tommy Mottola. Mariah a tout pour être heureuse mais accumule les relations éphémères. Pourtant souvent tournée en ridicule pour ses frasques flirtant avec la caricature, elle ne semble pour autant jamais vraiment affectée. A la fois, vulnérable et puissante, inaccessible et approchable, Mariah c’est aussi la prêtresse de la langue de vipère. Quand on l’interroge sur Madonna, elle répond : « Ce que je pense de Madonna? Il m’est arrivé d’écouter Madonna quand j’étais au collège, à l’époque où elle était populaire ». Ça c’est fait !

Le plus parisien : Bertrand Delanoë

Le précurseur du coming out en politique en France mérite les lauriers. En effet, c’est en 1998 que Bertrand Delanoë, alors sénateur, 3 ans à peine avant son élection à la Mairie de Paris révèle son homosexualité. Il est l’un des premiers hommes politiques de l’histoire française à l’assumer publiquement. Audacieux, il va jusqu’à l’annoncer sur le plateau d’une célèbre émission télévisée d’investigation et de société. D’autres le suivront. Cependant, discret, Bertrand Delanoë ne souhaite pas se revendiquer comme appartenant aux combats communautaires LGBT. Pourtant, il participera à sa première Marche des Fiertés lors de la première de son mandat en 2001. Passionné et intègre, il publie plusieurs livres dont un intitulé De l’Audace ! Ce trait de caractère, il l’a démontré plus d’une fois et sans langue de bois : « Le vrai changement au PS, ce serait de gagner. »

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La plus royale : La Reine Elizabeth II

Quoi de plus emblématique qu’une véritable reine ? La Reine Elizabeth II d’Angleterre est sans aucun doute l’icône gay qui s’ignore. Et pourtant! Elle est souveraine des produits dérivés et réputée tyrannique. La reine mère est non seulement l’une des femmes les plus puissantes au monde mais la légende dit qu’elle se change jusqu’à 15 fois par jour. Une diva de sang bleu, qui a ratifié un nombre considérable de lois en faveur des droits LGBTQ au long de ses 66 années de règne. Comme on dit dans la langue de Shakespeare, « Yass Queen » !

La plus héroïne : Christiane Taubira

Éprise des lettres et de justice, d’abord enseignante, Christiane Taubira consacre sa vie et sa carrière politique à la défense des droits des minorités et des opprimés. En effet, tour à tour députée, candidate aux élections présidentielles et Garde des Sceaux, la guyanaise aux discours inspirants et enflammés ne s’est jamais laissée abattre par les discours sexistes et racistes du milieu politique. Malgré tout, elle ne se prive jamais d’exprimer ses opinions et garde un humour décapant à l’origine de quelques fous rires dans l’hémicycle. D’ailleurs, le plus célèbre d’entre eux éclate après de longues heures à tenir le banc du gouvernement, de jour comme de nuit, pour défendre la loi sur le mariage homosexuel.

Car c’est bien à cette grande dame que l’on doit cette loi célébrée aujourd’hui. Lorsque les résultats sont annoncés, Christiane Taubira dans un discours à son image, viscéralement humaniste, elle conclut : « Par ce texte de loi, nous avons reconnu les droits de nos concitoyens, dont la citoyenneté était sournoisement contestée. Nous avons ouvert des droits à tous les autres couples. C’est donc incontestablement un texte généreux que vous avez voté aujourd’hui. […] Avant même toute considération sexuelle, chacune, chacun d’entre nous, est singulier et c’est la force de notre société. […] Alors nous leur disons, restez avec nous et gardez la tête haute. Vous n’avez rien à vous reprocher. Nous le disons haut et clair, à voix puissante. Parce que comme disait Nietzsche, les vérités tues deviennent vénéneuses ». L’hémicycle scande « Egalité ! Egalité ! ».

2018-04-26T09:53:09+00:00 avril 23rd, 2018|ACTUALITES, EVENEMENT|